Récits de naissance

La naissance d’Adèle, le 14 octobre 2015

14 septembre 2016
Lucie Bataille Accompagnante naissance photographe Montreal

Le spectre de la césarienne

Pour cette troisième grossesse, comme pour les précédentes, nous avions gardé la surprise du sexe de notre bébé. Cependant, nous savions que ce serait un bébé bien chevelu. J’avais vu sa tignasse flotter dans son bain de liquide amniotique lors d’une échographie. Bien que j’aie eu une belle grossesse sans grande complication, celle-ci avait été beaucoup plus médicalisée que je ne l’aurais souhaité…

J’avais eu un suivi sage-femme à ma deuxième grossesse, qui était un accouchement vaginal après césarienne (AVAC), mais en raison d’un problème de santé, cela n’avait pas été possible pour cette grossesse-ci. Et comme ma situation n’était pas assez complexe, une cholestase gravidique s’est pointé le bout du nez à 38 semaines. À mon rendez-vous de 38 semaines et 4 jours, une induction a donc été planifiée, deux jours plus tard. Il fallait cependant que toutes les conditions soient réunies puisque j’avais eu une césarienne dans le passé et que dans ces circonstances, il y avait plusieurs contre-indications au déclenchement. Dans le cas contraire, ce serait une césarienne. En sortant du bureau de la médecin, j’étais anéantie. Une autre césarienne? Ce n’était pas possible… J’avais tellement lutté pour mon premier AVAC et je m’étais tellement préparée pour celui-ci. Mais la vie, et particulièrement les accouchements, nous réservent bien des surprises…

L’inattendu

En effet, peu de temps après mon retour à la maison, j’ai senti du liquide me couler entre les jambes. Surprise et incrédule, je me suis finalement rendue à l’évidence : mes membranes venaient de se rompre! J’étais en liesse… On pouvait mettre la césarienne sur la glace! D’un commun accord avec notre accompagnante, j’ai pris le temps de me reposer un peu, de manger et de coucher les deux grandes et nous sommes partis pour l’hôpital.

Lucie Bataille Accompagnante naissance photographe MontrealArrivés sur place, une infirmière me demande : « Vous pensez avoir perdu vos eaux? ». Je lui ai alors répondu que si ce n’était pas ça, j’avais un sérieux problème d’incontinence… Mais c’était bien du liquide amniotique et mon corps avait déjà travaillé depuis mon rendez-vous de l’après-midi : mon col était plus dilaté, plus effacé et bébé était enfin accoté sur celui-ci! Cependant, le travail ne semblait pas débuter par lui-même et après une nuit de repos, l’équipe médicale a décidé de me donner du Pitocin. Le déclenchement était ma plus grande peur, depuis ma toute première grossesse. Mais c’était ça ou la césarienne, si rien ne bougeait.

Le calme

C’est en début d’après-midi que notre accompagnante est venue nous rejoindre. Elle nous a immédiatement plongés dans une ambiance feutrée baignée de l’odeur de l’huile essentielle de lavande. Mes contractions étaient alors rythmées et fréquentes mais peu fortes.

Vers 16 h, malgré tout le Pitocin qui était entré dans mon corps et toutes les promenades que j’avais faites, les contractions demeuraient légères. Je restais confiante en ma capacité à donner naissance à mon enfant, mais je commençais à craindre qu’on me parle de césarienne. Et mes craintes sont devenues plus grandes lorsque la médecin qui a pris le nouveau tour de garde est venue se présenter. Je connaissais cette médecin et je savais qu’elle était réputée pour ne pas être très ouverte aux AVAC. Je savais qu’elle ne serait pas très patiente si le travail ne s’accélérait pas et de nouveau, je voyais le spectre de la césarienne apparaître.

Vers 18 h 30, celle-ci est revenue pour vérifier mes membranes. Elle m’a expliqué que parfois, il peut rester une couche de membrane qui peut faire stagner le travail. Et c’était le cas… Elle a donc percé la dernière couche de membrane et dès la contraction suivante, j’ai senti une énorme différence. L’intensité venait d’augmenter drastiquement et le travail actif était enfin enclenché.

Le vent qui se lève

À partir de là, tout s’est accéléré. Les contractions sont devenues plus fortes, plus longues et plus fréquentes. Je me suis mise à vomir, à trembler. J’ai eu très chaud et très froid. J’ai pris différentes positions pour gérer la douleur. Bien que c’était debout, les bras autour de mon conjoint, que j’étais la plus confortable, à partir d’un certain moment, j’ai été contrainte de m’allonger. Le petit cœur de bébé ne semblait pas beaucoup aimer cette position.

Vers 22 h 30, l’infirmière m’a examinée de nouveau et a dit que j’étais à 7 cm. Les contractions étaient maintenant très fortes et très rapprochées. Alors qu’elles étaient particulièrement intenses, mon accompagnante m’a invitée à visualiser mon bébé entrain de passer le col, comme s’il voulait enfiler un col roulé. Je me suis concentrée sur ses paroles et j’ai clairement vu mon bébé, chevelu, qui tentait de passer sa tête dans un col roulé bien serré.

Lucie Bataille Accompagnante naissance photographe MontrealTout de suite après, j’ai senti un mouvement étrange dans le haut de mon ventre. Un muscle qui se contractait malgré moi. Mon accompagnante m’a alors dit : « Laisse ton bébé descendre doucement. Ne force pas. ». Mais cela se faisait malgré moi… À la contraction suivante, ce mouvement inconnu s’est propagé à tout le haut de mon ventre. L’infirmière m’a dit d’arrêter de pousser car je n’étais pas totalement dilatée. Mais je ne comprenais pas du tout qu’elle me parle de « pousser ». Mon accompagnante a alors tenté de me faire respirer par petit coup, doucement, mais c’était impossible. Voyant que ça ne semblait pas se calmer et que les contractions étaient très fortes sur le moniteur, elle a demandé à l’infirmière de revérifier. Celle-ci n’a pas eu besoin de mettre ses doigts pour vérifier le col… Le bébé était là et visible. Il avait réussi à passer le col roulé!

La tempête tant attendue

À partir de ce moment, j’ai senti comme un tourbillon se soulever dans la chambre et l’infirmière m’a dit : « Ne pousse plus! ». Déconcertée, j’ai regardé mon accompagnante et je lui ai dit : « Ce ne sera pas possible… », ce à quoi elle m’a répondu : « Je le sais… ».

Sentant venir la contraction suivante, je me suis fermement accrochée aux bords du lit et j’ai poussé. La médecin est arrivée à la fin de cette contraction et dès la suivante, mon bébé est né. Il était 22 h 45. J’ai entendu une voix lointaine me dire : « Viens chercher ton bébé! Il est là! ». Mais je ne réalisais pas que bébé était né. Ça avait été tellement long lors de mon premier AVAC… Mon conjoint m’a alors pris l’épaule et m’a dit : « Le bébé est là! » J’ai finalement tourné la tête et j’ai vu cette petite boule d’amour qu’on me tendait. J’ai posé ce petit bébé sur moi et j’ai savouré ce moment. J’y étais arrivée, une deuxième fois. J’étais tellement fière et heureuse.

Lucie Bataille Accompagnante naissance photographe MontrealAlors que la médecin me recousait, j’ai repensé au fait que j’avais une césarienne de planifiée pour le lendemain matin. Sur le coup, ça m’a fait rire et ça a fait rire toute l’équipe quand j’ai dit qu’il faudrait annuler ça! Mais en y repensant, cela m’a beaucoup fâchée et attristée de réaliser que j’étais passée si près de ne pas vivre ce deuxième AVAC.

Mais j’oubliais… J’imagine que vous aimeriez vous aussi connaître le sexe de ce petit bébé!? C’est une merveilleuse petite fille d’à peine 2,890 kg, qui m’a fait ce si beau cadeau de vivre un accouchement comme je l’avais tant souhaité.

 Mylène, maman d’Adèle, 11 mois.

Crédit photos : Lucie Bataille Photographie

Vous vous préparez pour un AVAC? Les services d’une accompagnante à la naissance pourraient vous être précieux.

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