Récits de naissance

La naissance de Léon, le 7 octobre 2015

16 août 2016
Lucie Bataille doula montreal

Tout a commencé à exactement deux heures du matin. Endormie, j’ai senti un liquide chaud me chatouiller doucement entre les cuisses. Ça a été suffisant pour me faire lever d’un bond, puis flac! un petit étang s’est formé sur le plancher. J’étais abasourdie de la quantité de liquide perdu (j’ignorais à ce moment que j’allais en perdre beaucoup plus dans les prochaines heures!). J’ai senti mon cœur faire un bond, ma bouche s’ouvrir sous l’étonnement, mes mains trembler légèrement. « Chéri, j’ai perdu mes eaux, là, c’est vrai! »

On a appelé Kim, ma sage-femme. Quelques minutes plus tard, elle était avec nous, pour m’examiner. Dilatation commencée, mais pas de contractions. Ses directives : nous recoucher, dormir un maximum et la rappeler quand j’aurais eu une heure de contractions rapprochées. Dormir?! Ce fut totalement impossible. Sitôt recouchée, les contractions ont commencé. Ce que je prenais pour des douleurs à la vessie, dans les derniers jours, semblait s’intensifier : des contractions, évidemment… Après un bain, une douche et quelques minutes sur le ballon, nous étions en direction de l’hôpital. Je me revois très clairement, me tortillant sur mon siège, légèrement paniquée, à respirer fort et à dire à mon homme, dans un souffle : « Passe sur la rouge! » (Bon sang, à 4 heures du matin, sur Pie-IX, y’a personne! Allez! ROULE!)

Quand je repense à mon entrée à l’hôpital, ça me fait rire.

Je portais un t-shirt de mon chum, des pantalons de pyjama, des espadrilles délacées, mes cheveux en une toque plus qu’approximative, un manteau qui ne fermait pas sur mon gros ventre. J’étais rouge, en nage, je respirais comme un taureau dans l’arène. Belle image! Le préposé à l’accueil qui m’a vue entrer m’a tout de suite offert un fauteuil roulant, que j’ai refusé comme si c’était la pire insulte. Il n’a pas insisté! Les hormones, il parait…

Je garde un souvenir extrêmement clair de mon arrivée dans la chambre d’accouchement, où Kim m’attendait déjà, assistée de son stagiaire. Je me souviens précisément de ses gestes, parfaits. Ses mains chaudes posées dans le bas de mon dos, sa voix calme, son souffle apaisant. À compter de ce moment, tout le reste de mon accouchement s’est déroulé dans la douceur, le calme, la tranquillité. Je me suis sentie tout à coup confiante, zen, épaulée. Pas que Chéri fût inadéquat, oh non! Quelle solidité, quel soutien indéfectible il m’a donné pendant toutes ces heures! C’est quelque chose de différent, de chimique, d’une femme à une autre. Une énergie particulière, spécialement choisie pour ce moment unique.

Lucie Bataille doula montrealEnsuite, nous étions dans l’action. Un bain, une marche, le ballon (que j’ai détesté!), un autre bain, des pressions dans le dos. Un examen, puis un autre : dilatation à 2! Dilatation à 6! Hourra! La douleur devenait intense. Pour m’aider, Kim m’a proposé des injections de papules d’eau stérile au bas du dos, en me prévenant toutefois que c’était douloureux. Une injection? Bah, certainement, je peux endurer ça. MON. DIEU. Cette douleur! Ce fut le seul moment de mon accouchement où j’ai crié, que dis-je, hurlé! Mais la magie a opéré : après cette intervention, j’ai pu profiter d’environ 3 heures de repos. Les contractions allaient et venaient, comme les vagues dont on m’avait parlé dans les cours prénataux. Seules les variations dans mon souffle révélaient leur présence. Mon corps était détendu, mon esprit vagabondait entre l’éveil et le sommeil. J’ai même rêvé!

Je ne me souviens plus si c’est avant ou après ce moment de repos que Kim a caché les horloges et qu’elle m’a aidée à quitter totalement le rationnel, pour entrer dans l’instant présent, dans l’instinct et le ressenti uniquement. Myope, j’ai perdu la trace de mes lunettes, sans les redemander. Le temps m’était dorénavant inconnu, même la lumière du jour ne pouvait me l’indiquer à travers les rideaux fermés. Une chance, parce que je commençais à m’impatienter et à être de plus en plus fatiguée. Après plusieurs heures – il devait être environ 13 h ou 14 h, à ce moment-là – la dilatation stagnait à 8. Bébé se présentait avec la tête légèrement de travers, entrainant une dilatation inégale. L’envie de pousser devenait pressante, chaque contraction semblait me forcer à engager la poussée. On a essayé toutes sortes de positions, debout, couchée, assise, le bain de nouveau. Rien à faire : une bande de col restait là, m’empêchant d’amorcer le sprint final. Finalement, Kim a dû la tasser manuellement – un mauvais moment à passer, parce que oui, ça fait mal!

Restait donc le moment que je redoutais le plus.

Le moment qui alimentait une angoisse sourde que je ressentais depuis le début du travail. Ça me semble idiot, aujourd’hui, quand j’y repense, mais c’est ainsi : j’avais peur de pousser. Si peur. C’est comme si toutes les contractions que j’avais eues depuis le début, j’avais réussi à m’y habituer (on s’entend, ça devient toujours insupportable à un moment donné!), mais l’idée d’une tête de bébé traversant mon vagin, ça, non, je n’arrivais pas à m’y faire. On dirait qu’une partie de moi se disait « C’est pas grave, rendue là, on va trouver une autre solution. » Le sprint final s’est transformé en marathon : trois heures de poussée, de douloureuse poussée. Mon corps était de plus en plus fatigué, les contractions s’espaçaient. Pour les stimuler, on a essayé la marche, les positions variées, l’homéopathie…

Une seule vraie solution dans mon cas – attention, mettez vos scrupules de côté! – la toilette! Bien assise sur le siège de la toilette, dans l’obscurité et l’exigüité de cette petite pièce, j’ai réussi à prendre les contractions, à pousser, à faire progresser bébé dans mon bassin. De cet endroit peu glamour, je garde pourtant le souvenir puissant d’un tête-à-tête avec mon amoureux. Notre regard les yeux dans les yeux, mes mains serrant ses bras vigoureux qui me soutenaient, les langoureux baisers que nous avons échangés, comme pour nous donner du courage, à tous les deux, à l’approche de la fin. C’était doux.

Lucie Bataille doula montrealJ’ai bien dû revenir sur le lit à un moment donné, pour que notre bébé puisse naitre. C’est couchée sur le côté, dans une posture improbable, que j’ai réussi à finalement accoucher. La tête sortait et entrait au rythme des contractions. Soudain, je l’ai senti, l’anneau de feu (AOUCH!!), et hop, la tête était passée pour de bon. Puis, une pause, un flottement, jusqu’à la contraction suivante. Enfin, le soulagement. Cette sensation de douceur, de chaleur humide, exactement comme un baume sur la blessure qui venait de se faire : le petit corps de mon bébé qui glisse à l’extérieur de moi.

À 18 h 10, mon petit Léon, ton papa t’a attrapé pour te déposer sur mon ventre.

Tu as crié bien fort, tu étais tout rose, déjà énergique. On a pleuré tous les deux, heureux et incrédules. Tu as pleuré toi aussi un long moment, blotti dans mes bras, comme pour nous raconter à quel point tu avais trouvé ça difficile. Moi aussi, j’ai trouvé ça difficile. Pourtant, aidée de mon amoureux, de ma sage-femme et de ses assistants merveilleux, j’ai réalisé un exploit dont je ne me savais pas capable : j’ai mis un enfant au monde.

C’était beau, tout ça.

 C., maman de Léon, 10 mois.

Crédit photos : Lucie Bataille Photographie

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