Récits de naissance

Les trois mousquetaires

25 août 2016
Lucie Bataille Accompagnante photographe naissance Montreal

Alexandre Dumas jouait à l’ironique quand il a intitulé son célèbre roman de cap et d’épée Les Trois mousquetaires, qui relate les aventures de… quatre compagnons : d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis. Erreur élémentaire de calcul, géante étourderie ou simple moquerie? Le mystère entourant le titre de cet écrit persistera au terme de ce récit.

Mais pourquoi ce préambule d’intello à lunettes dans un récit d’accouchement? Réel mystère, que je tenterai d’élucider d’ici la fin de ce texte tout en longueur et en foisonnement!

Mont-Ventre

Pour mon deuxième enfant, je rêvais d’un accouchement à l’italienne dans lequel mon mari, ma mère, mon père, ma sœur aînée Catherine et ma cadette Myriam trouveraient leur place. Catou et Mimi sont même venues passer quelques jours chez nous, dans le fin fond creux de St-Narcisse-de-Rimouski, dans l’espoir de voir débuter mon accouchement au terme duquel le petit Jules naitrait.

Mon premier enfant, ma fille Lilianne, est restée dans mon ventre 41 semaines et 1 journée. Les premiers de famille restent souvent plus longtemps dans le ventre de leur mère, c’est ce qu’on dit. C’est pourquoi, pour ce deuxième bébé, j’avoue que je m’attendais à accoucher plus tôt. Ainsi, à partir de 39 semaines, j’étais vraiment stand by. J’avais l’impression qu’une épée de Damoclès de bonheur pendait au-dessus de ma panse grosse comme une montagne du Parc du Bic. Mont-Ventre. Quelques épisodes de Braxton-Hicks m’ont mis les papillons au ventre, l’espoir au cœur, mais pas de bébé dans les bras. Du moins, pas avant la 41e semaine, une fois encore.

Accouchement-Pompéi

Le 9 mars, j’avais rendez-vous avec ma sage-femme, Karine, le lendemain du départ officiel de ma visite qui avait parcouru plus de 500 kilomètres pour assister à une naissance. J’avais la mine bien dépitée dans le cabinet de Karine, car j’avais à cœur la présence de mes sœurs à mon accouchement.

En plus d’être déçue, j’étais angoissée. La même angoisse qui m’a obnubilée tout au long de ma grossesse me martelait le cerveau, atteignant ce coup-ci une force de frappe sans précédents : qui allait s’occuper de Lilianne pendant que je braverais la tempête, ses vents violents et ses vagues qui engouffrent tout? Je ne voulais pas que Xavier soit la seule ressource disponible pour s’acquitter de cette tâche. Je le voulais certes tout à fait disponible pour moi, mais je souhaitais surtout qu’il puisse profiter du moment présent avant qu’il ne s’égraine comme de la cassonade. Mes visiteurs des dernières semaines m’avaient donc soulagée par leur simple présence. Mon angoisse A-1 pangrossesse s’était dissoute à leurs côtés. Mon Éden d’accouchement était bien en vue : je me voyais déjà donner naissance dans la chaleur de la chambre Colibri de la Maison des naissances Colette-Julien avec pour auditoire mon mari, mes parents, mes sœurs et ma grande fille qui, en cas de besoin, pourrait trouver amour et réconfort auprès de ses grands-parents et de ses tantes.

Lucie Bataille Accompagnante photographe naissance MontrealMais mon Éden était un Atlantis, un Pompéi. Il s’est volatilisé comme par enchantement lorsque la voiture de Catou a définitivement quitté mon stationnement de St-Narcisse.  J’étais désolée, gonflée de corps et d’émotions. Mais je me suis ressaisie en mettant tous mes espoirs en mon rendez-vous du lendemain avec ma sage-femme. J’essayais de rester positive, de ne pas paraitre trop désespérée, mais Karine a su lire en moi comme un prêtre en sa Bible. Elle m’a avoué qu’elle et Johanne, mon autre sage-femme, avaient parlé de mon cas, et qu’elles espéraient que j’accepte qu’elle me rompe les membranes, car mon col était vraiment mûr et elles craignaient que je ne donne naissance dans l’auto, étant donné la distance que j’avais à parcourir depuis mon domicile jusqu’à la maison de naissance. Je me suis un brin braquée. J’étais certes fatiguée, mais il importait pour moi que le tout se déclenche naturellement. J’avais toujours du temps devant moi; il me restait encore une bonne semaine avant d’atteindre le fameux 42 semaines qui fait dresser les cheveux sur la tête de toutes usagères de services sage-femme. Karine, en cohésion parfaite avec ma décision, m’a tout simplement laissé savoir que si jamais je changeais d’idée, je n’avais qu’à lui téléphoner. J’ai souri. Mal assurée.

Entre les deux mon cœur balance

Le dos criblé de courbatures, j’ai réinstallé Lilianne dans l’auto et suis retournée à St-Narcisse tout en doutant, tout en remettant en question la décision que j’avais un peu brutalement prise. L’argument du naturel en était un de taille dans ce débat imaginaire entre la Véro qui veut accoucher au plus sacrant et la Véro qui veut respecter le rythme de son bébé. Mais les nombreuses percées de la première ont eu raison de la deuxième.

En acceptant de me faire rompre les membranes ce jour-là, je pourrais non seulement accoucher pour la deuxième fois auprès de Karine, de garde pour les prochaines 24 heures, mais en plus, exceptionnellement, ce serait Johanne qui serait alors de garde à titre de deuxième sage-femme : accoucher avec ces deux dames en or, le rêve! L’Eldorado!  Mon Éden d’accouchement s’est repointé le bout du nez : il avait certes un tout autre visage, mais il a donné un second souffle aux derniers miles de cette grossesse qui s’étirait par-delà les temps. À la Ésimésac.

Ainsi, à midi, à peine 1 h 30 après s’être quittées, Karine et moi nous sommes donné rendez-vous pour 18 h à la maison de naissance. J’ai pu prendre l’après-midi pour trouver des gardiens pour Lilianne en attendant que mes parents, qui se sont rapidement mis en route, arrivent dans la région rimouskoise. Et c’est perforée de sérénité que j’ai finalisé ma valise à apporter à la maison de naissance, préparer un petit bagage pour Lilianne (qui irait passer quelques heures chez des amis alors disponibles)… et fait la vaisselle.

Rupture de l’incertitude

Volant bien en mains, Tim Hortons en bouche, j’ai parcouru les quelque soixante kilomètres qui nous séparaient de la maison de naissance aux côtés d’un Xavier un peu déstabilisé par le fait que ce soit moi, la future femme accouchante, qui nous y conduise. Karine nous a accueillis avec son sourire Colgate Total que nous lui connaissions si bien. Elle avait aussi pu prendre l’après-midi pour s’occuper de la logistique familiale qu’impliquait ma rupture de membranes en début de soirée. Elle s’était amenée un gros plat de spaghettis et était prête à veiller au grain toute la nuit.

Vers 18 h 30, elle a sorti son petit crochet et s’est mise au travail. Elle a beaucoup gratouillé, était certaine d’avoir percé au moins la première membrane, mais était sceptique quant à la deuxième. Fort peu de liquide s’est écoulé suite à la manœuvre, mais Karine ne semblait pas tant s’en formaliser, car parfois la tête du bébé fait pression sur le col et crée un bouchon. La prochaine heure nous renseignerait sur la réussite de l’intervention.

Lucie Bataille Accompagnante photographe naissance MontrealÀ 20 h 20, nous nous sommes réinstallés pour procéder à la rupture, cette fois-ci complète, de mes membranes. Je n’ai pu réprimer un bruyant fou rire face à la quantité d’eau qui est alors sortie de moi. Ça m’a vraiment surprise, je n’avais pas évacué pareil fleuve à la naissance de Lilianne!

All dressed

Vers 21 h, j’ai commencé à ressentir de petits pincements au niveau de mon col. Cette sensation revenait à la charge environ aux 4 minutes, mais ne duraient vraiment pas longtemps : une trentaine de secondes tout au plus. N’empêche que j’étais euphorique que les choses s’enclenchent enfin. Plus rien ne me faisait peur dorénavant.

Vers 21 h 15, Xavier s’est commandé une pizza et est parti la chercher au Normandin. Durant son absence, Karine a proposé de m’installer sur le tire-lait pour solidifier ma timide mise en travail. L’appareil et son mécanisme de super-succion m’intimidaient un peu, mais je tenais à mettre toutes les chances de mon côté, alors je me suis assise sur la chaise berçante du salon et me suis sortie un sein du chandail. Karine m’a alors bien avertie : pour que ce soit efficace, il faut en faire durant 20 minutes consécutives au moins. Je m’imaginais déjà, branchée à la machine assoiffée, me bercer tout en placotant avec Karine, la bouche pleine de pizza. Car Xavier ne tarderait pas à arriver, et je me promettais bien de manger une pointe de ce plat que je préconise normalement en toute circonstance.

Mais entre temps, les choses ont changé…

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Crédit photos : Lucie Bataille Photographie

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