Récits de naissance

La naissance de Charlotte, le 14 octobre 2015

12 juillet 2016
Lucie Bataille Accompagnante Montreal 02

Charlotte, avant de me lancer dans l’histoire de l’accouchement, je veux que tu saches pourquoi, à 30 semaines de grossesse, maman a choisi de continuer son suivi avec des sages-femmes plutôt qu’avec son médecin de famille et donc de préférence accoucher de façon naturelle dans une maison de naissance.

Maman a voulu faire confiance à son rythme et à ton rythme naturel. J’ai voulu me donner l’entier pouvoir plutôt que de le donner aux tests, scans, opinion des autres, etc. On me disait : « Moi, je ne serais pas capable d’accoucher de façon naturelle quand tu sais qu’à l’hôpital ils peuvent soulager ta douleur si facilement. »  J’ai aussi eu droit à : « Tu es folle de vouloir accoucher de façon naturelle! Ça doit te stresser! »

Jamais je n’ai pensé que mon accouchement se ferait sans douleur et je ne connaissais pas non plus la douleur que j’allais ressentir car tu es mon premier bébé. Mais je n’ai pas été stressée par rapport à celle-ci et jamais je n’ai douté de mon choix à partir du jour où j’ai pris la décision de ne pas vouloir aller à l’hôpital et donc de ne pas avoir accès à des méthodes pharmacologiques de soulagement de la douleur pendant le travail. Sachant aussi qu’un nouveau-né est sensible à son environnement physique et émotionnel, je voulais vivre mon accouchement de façon privée et calme avec ton papa. J’ai fait confiance à mon instinct et au tien. C’est la meilleure décision que j’ai prise de toute ma vie.

Ma belle Charlotte, voici comment tu es née…

Selon ma date prévue d’accouchement, nous devions t’accueillir le 14 octobre. C’est dans la nuit du 13 octobre que le « vrai » travail a commencé. Vers 4 heures du matin, une contraction un peu plus forte qu’à l’habitude m’a sortie de mon sommeil. Tout au long de la journée, les contractions ont été présentes sans toutefois augmenter en intensité et sans être régulières. Ce jour-là, à 14 heures, j’avais un rendez-vous de suivi de grossesse avec une de mes sages-femmes. À la fin du rendez-vous, elle nous a dit à toi et à ton papa : « Il y a de bonnes chances que je reçoive un appel cette nuit! »

C’est vers 21 h 30 que les contractions ont commencé à augmenter en intensité et à être davantage régulières. Ton papa et moi étions assis collés-collés dans le salon et nous parlions très certainement de toi. Je prenais une contraction à la fois comme je pouvais. À chaque contraction, j’agrippais très fort soit le sofa, soit papa.

Vers 22 heures, papa est allé se coucher en disant : « Je suis mieux de me reposer au cas où je devrais être réveillé toute la nuit pour soutenir maman! » Au cours de la journée, papa avait téléchargé une application mobile permettant d’enregistrer les contractions et de suivre l’évolution du travail.

Lucie Bataille Accompagnante Montreal 03

Vers minuit, je savais, sans avoir chronométré le temps entre chaque contraction ni avoir noté l’intensité de chacune d’entre elles, qu’elles étaient très rapprochées depuis presque deux heures et que la douleur augmentait en intensité. Je suis alors allée réveiller papa, qui dormait malgré que je soufflais bruyamment chaque fois que j’avais de la douleur. J’avais le pressentiment que nous ne tarderions pas à quitter le domicile pour aller à la maison de naissance et il restait beaucoup de choses à rassembler avant le départ! J’avais prévu une liste de choses à apporter que j’avais aimantée sur le réfrigérateur sachant bien qu’une fois le travail entamé, je ne pourrais ni ne voudrais communiquer cela verbalement.

Une fois réveillé, papa m’a suggéré de prendre un bain chaud, ce qui a légèrement fait allonger le temps entre chaque contraction, mais la douleur était toujours aussi forte et je commençais à sentir de nouvelles sensations dans le bas-ventre et dans mon dos. Papa a alors téléphoné à la sage-femme et elle nous a donné rendez-vous, quarante-cinq minutes plus tard, à la maison de naissance.

À la maison de naissance

Le travail était déjà très bien entamé. Dès notre arrivée, la sage-femme a rempli le grand bain d’eau chaude et je m’y suis assise. Ton papa a été tellement bon! Il est resté calme tout le long de l’accouchement et il m’a aidé à accueillir chaque contraction une à la fois. La sage-femme a enseigné à papa la méthode Bonapace et il l’a mise en pratique. Honnêtement, je ne saurais dire si cela a réellement réduit la douleur des contractions, mais papa devait aimer se sentir utile et aider maman. J’ai alterné entre les positions assise et à quatre pattes jusqu’à 4 heures. Exceptionnellement, mes deux sages-femmes ont assisté à mon accouchement car la première devait quitter à 4 heures du matin pour un séminaire auquel elle devait se rendre le matin même. Ma deuxième sage-femme a pris la relève à 4 heures du matin, heure à laquelle mes membranes se sont rompues.

Vers 5 h 30, sur proposition de ma sage-femme, je suis sortie du bain pour la première fois depuis mon arrivée à la maison de naissance. Je suis allée m’assoir sur la toilette. J’étais très réticente face à ce changement de position. J’avais peur que ça soit plus douloureux. J’avais l’impression que tout mon plancher pelvien n’allait pas tenir le coup! Mais j’ai bien fait de faire confiance car cela a bien fait progresser le travail! Une fois retournée dans le bain, je me suis installée en décubitus latéral gauche et à chaque poussée je pliais ma jambe droite, genou vers le haut. Les contractions n’étant pas assez longues à chacune des poussées, j’ai reçu un comprimé homéopathique pour augmenter leur intensité.

Lucie Bataille Accompagnante Montreal 01

À 6 h 45, j’ai adopté pour la position accroupie (squatting) avec la même réticence que quand je suis allée sur la toilette! C’était une position qui me demandait beaucoup d’effort. Tout juste avant le stade du grand couronnement, ta petite tête qui descendait me donnait une intense sensation de brûlure. À ce moment-là, je me suis dit : « Je ne serai pas capable de le faire. » Ton petit cœur commençait à battre plus lentement. Ma sage-femme a dit : « Elizabeth, à la prochaine poussée tu dois sortir ton bébé. » J’ai rassemblé toute ma force et tu es sortie! Cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse!

Un malaise imprévu

À 7 h 20, je t’ai serrée dans mes bras pour la première fois. C’était la plus belle rencontre de ma vie. J’étais tellement fière d’avoir réussi. Ton accouchement a eu lieu dans une toute petite chambre de la maison de naissance. Les lumières étaient tamisées, c’était intime et tout s’est déroulé dans le silence. Il y avait deux sages-femmes très discrètes qui prenaient des notes et qui venaient écouter ton cœur tous les trente minutes. Cette nuit-là, il n’y avait personne d’autre que nous à la maison de naissance.

Après ta naissance, maman est rapidement sortie du bain. Peut-être un peu trop rapidement! Assise sur le bord du bain, j’ai perdu connaissance et j’ai fait quelques convulsions. Heureusement, tu étais déjà dans les bras de papa quand c’est arrivé. Vous faisiez du peau à peau et tu essayais déjà de te pousser jusqu’à son sein pour boire! J’étais très fatiguée, j’avais très faim et j’étais très faible.

Après cet épisode, on m’a transférée dans le lit et on t’a déposée sur moi. Ensuite, je me suis reposée et j’ai mangé. C’est papa qui s’est occupé de toi le temps que je reprenne des forces. Nous sommes restés à la maison de naissance jusqu’au lendemain après-midi, car je voulais que l’allaitement démarre bien! Les aide-natales venaient me donner des conseils et me soutenir chaque fois que je te donnais le sein.

Quand nous sommes retournés à la maison en voiture, nous étions tellement fiers du bébé que nous ramenions avec nous! Ton papa et ta maman t’aiment tellement, petite Charlotte!

 Elizabeth, maman de Charlotte, 9 mois.

Crédit photos : Lucie Bataille Photographie

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