Récits de naissance

La naissance d’Anaïs, le 8 avril 2014

14 juin 2016
Lucie Bataille Photographe accompagnante naissance montreal 01

Derrière le rideau bleu

Ça y est! Je suis maman. Une maman comblée, rayonnante de bonheur. Un bonheur que je voulais venir chuchoter sur le papier. Un bonheur de chaque instant et dont je saisis le sens profond, qui me chavire le cœur.

Un bonheur né le 8 avril 2014 à 2 h 24.
Un bonheur nommé Anaïs.
Je t’aime, mon bébé d’ourour!

Voici notre rencontre.

7 avril, minuit, 40 semaines de grossesse

Je me lève, toute mouillée. L’esprit un peu embrouillé, je crois m’être échappée au lit. Puis, mon cœur s’emballe. Si c’était mes eaux? Une contraction vient me le confirmer. Assise sur le bol de toilette, je ris et m’adresse à toi : « Pas besoin d’être si ponctuel, mon bébé d’amour. Tu seras comme ton papa, toi! »

Justement, ce papa, il a déjà tout compris et parle avec la sage-femme pendant que je fais couler un bon bain, question de voir si cela va intensifier les contractions. L’atmosphère est à la bonne humeur, festive. J’appelle quelques personnes, dont j’oublie l’ordre. Une mamylee endormie, un grand-maman prête à partir pour nous rejoindre, plein de gens se réjouissent de ton arrivée prochaine.

Dans ces premiers moments passés dans la salle de bain, je me souviens être excitée et avoir estimé qu’à tout au plus midi, je t’aurais dans les bras… Si seulement!

3 h. Notre sage-femme arrive au petit matin. Tout va bien. En robe de chambre, je me promène au rez-de-chaussée. Les contractions se prennent bien. Je déjeune. La sage-femme, dans toute sa sagesse, nous conseille d’aller nous reposer, papa et moi, collés-collés. La journée sera longue.

5 h. Grand-maman arrive sur cet entrefaite. Elle reste en bas, range et se repose sur le sofa tandis que la sage-femme dort dans la chambre d’invités. La maison est calme et j’apprécie ce silence, ce semblant de vie normale. Je me laisse bercer au rythme des vagues des contractions.

L’avant-midi et l’après-midi restent flous dans mon esprit. Notre accouchement ne s’est pas déroulé selon un protocole et encore moins selon des nombres et des chiffres. Je ne saurais dire si à telle heure j’étais à tant de centimètres… Notre sage-femme n’a fait que très peu d’examens et ceux qui ont été pratiqués le furent dans le respect et avec douceur.

Lucie Bataille Photographe accompagnante naissance montreal 04Le temps n’existait plus pour moi. J’étais dans une bulle. Une bulle aux parois fragiles, mais bien protégée par la sage-femme et ton papa. À midi, 14 h, 15 h 18 ou 17 h, tout ce temps où, contraction après contraction, je me rapprochais de ce moment où j’allais t’accueillir, des gens m’ont soutenue, calmement, avec beaucoup d’amour.

Ton papa a passé 24 heures à me masser sans broncher à chacune des contractions. Notre sage-femme a extrêmement bien senti et fait respecter mon immense besoin de silence. J’ai apprécié chaque parole rassurante et chuchotée. J’avais préparé une liste de chansons pour l’accouchement. Je n’en ai pas voulu. Tant besoin de calme. Te mettre au monde devait se faire dans la plénitude, un moment sacré, de recueillement.

Je n’ai pas ou si peu de chiffres pour te raconter ta naissance. Peut-être parce que ce n’est pas si important. Ou peut-être que oui. J’ai l’impression que mon utérus nous a fait faux bond, ce 7 avril où de minuit à minuit, il devait te pousser vers la sortie. Les contractions étaient très irrégulières. Anormalement longues, parfois jusqu’à 3 minutes, et très peu efficaces. Ce n’est ni toi, ni moi. Mais je ne peux m’empêcher de me sentir trahie… Surtout lorsqu’il a complètement arrêté de travailler. En route vers l’hôpital, vers 00 h 15 le 8 avril, mon corps n’accouchait plus. Une petite voix me dit que, si seulement on lui avait laissé plus de temps, si on lui avait laissé cette pause pour récupérer, mon utérus aurait été notre allié et tu serais née naturellement. Mais ça ne serait plus notre histoire, n’est-ce pas?

7 avril, quelque part au milieu de l’après-midi

L’acupuncteur est là pour remédier à cet utérus qui refuse la régularité. Ça, et descendre les escaliers. Plonger mon corps dans l’eau de la piscine. Frictionner le bas de mon dos avec des huiles essentielles. Respirer. Je garde de ces 24 heures d’accouchement à la maison un doux souvenir. Ma voix, grave. Pour accompagner la douleur. Un chant. Ce fut un accouchement calme et serein. Plein d’amour.

Lucie Bataille Photographe accompagnante naissance montreal 02Ton papa fut présent, vraiment entièrement, totalement, complètement présent. Là. Tout le temps. Ton papa fut une bénédiction. Si je ne l’avais pas déjà été, j’en serais tombée amoureuse. Ton papa fut ma péridurale, ses épaules mon soutien, ses mains mon soulagement et ses yeux ma bouée. Comme je me suis accrochée à son regard! Beaucoup de bébés sont conçus dans l’amour, mais tous ne naissent pas dans cette atmosphère amoureuse. Toi, oui.

7 avril, aux alentours de 20 h

Quelques temps après la venue de l’acupuncteur, le col de l’utérus est passé de 4 à 7 centimètres. Mais en soirée, voyant que le travail stagnait, notre sage-femme a insisté pour que je fasse quelques contractions sur le dos, dans l’eau, puis au lit, question de faire désenfler le col. Dans la piscine d’accouchement, encouragée par ton papa, je l’ai fait. Deux fois. L’horreur. Le moment le plus souffrant. Je n’ai pas su accueillir cette douleur et la laisser travailler, ouvrir le passage. Mon chant était devenu hurlement. Papa et moi avons pleuré. Peut-être savions-nous déjà. L’accouchement à la maison était voué à la noyade. Tu ne naitrais pas chez nous.

8 avril, minuit, 40 semaines de grossesse et 1 jour

J’ai tout de même eu un choc lorsque les deux sages-femmes m’ont dit, proposé plutôt, qu’il était temps d’aller à l’hôpital. Et soulagée. Je n’en suis pas fière. Ni honteuse.

La suite des évènements a déboulé, m’a échappée. En moins de deux, je me suis retrouvée devant un rideau bleu. Éblouie par tant de lumière. Comme tout cet éclairage m’agressait pour toi, qui allais arriver. Les jambes paralysées, j’aurais refait 24 heures de contractions pour ne plus être gelée. J’ai détesté ce moment. Totalement soumise. Je n’avais plus aucun contrôle, ni sur mes orteils, ni sur l’accouchement. Toi et moi, toutes les deux en bonne santé avec des signes vitaux normaux, étions entre les mains de « spécialistes ». Entre leurs mains, il y avait ma chair, ton petit corps qui prit contact avec l’air, notre première rencontre, ta naissance. Devant le rideau bleu, naissait une mère et, avec elle, toute l’inquiétude du monde. Derrière le rideau bleu, une nouvelle vie, la tienne.

8 avril, 2 h 24

— Émilie, maman d’Anaïs, 2 ans.

Lucie Bataille Photographe accompagnante naissance montreal 03Crédit photos : Lucie Bataille Photographie

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