Entrevue

Accompagnement périnatal et familial – Entrevue avec Chloé Boehme

28 avril 2016
Entrevue avec Chloe Boehme

Quand j’ai découvert le travail de Chloé, j’étais ravie de savoir qu’une profession se destine à combler des besoins auxquels font souvent face les nouvelles familles. Puis je l’ai rencontrée et j’ai vite constaté que la personne et le métier s’étaient bien trouvés. Chloé est douce, réconfortante, chaleureuse et positive, des qualités primordiales lorsqu’on accompagne les familles dans la grossesse et la parentalité (qui ne sont pas toujours aussi roses que dans les films ou sur Instagram, n’est-ce pas?). Entrevue avec Chloé Boehme, une professionnelle pour qui la bienveillance et l’écoute sont les mots d’ordre.

Accompagnement périnatal et familial – Entrevue avec Chloé Boehme

#1 En quelques mots, peux-tu nous décrire ton métier et son rôle?

Je propose un soutien aux familles. Un échange d’expériences et de connaissances concernant le monde de la périnatalité et de la parentalité. Je cherche à rendre aux parents leur autonomie parentale et je suis le coup de pouce qui leur permet de retrouver confiance en leur rôle et leur ressenti.

#2 Quels types de problématiques traites-tu?

Je traite plusieurs problématiques quotidiennes. Il faut dire qu’avec deux enfants à la maison, j’ai de nombreux thèmes pour m’exercer! Tout ce qui a trait à la famille me concerne et mes clients me font confiance sur bien des aspects : estime et anxiété des enfants, conflits dans la fratrie, routine des repas, dodos, intégration en garderie, communication saine du couple concernant l’éducation des enfants, etc. Je me spécialise également en accompagnement au deuil périnatal et dans la prise en charge d’un accouchement traumatique.

#3 Quel est le motif de consultation le plus fréquent?

Je pense que les parents viennent surtout pour se conforter ou même se réconforter en ce qui concerne leurs prises de décisions souvent malmenées par les pressions sociales et de l’entourage. Au fond, ils ont besoin de savoir que la route qu’ils empruntent est valable et tournée vers l’épanouissement familial. Je tente de les déculpabiliser et de leur fournir des outils pour qu’ils aient la force d’assumer leurs choix et leur voie.

#4 Peut-on te consulter si on a vécu un accouchement dont on ne parvient pas à faire le deuil?

Absolument. J’organise des rencontres individuelles et je mène même des ateliers et cercles de paroles sur ce thème. Un accouchement traumatique laisse des traces, c’est toute la féminité et la maternité qui en sont ébranlées. Nos sociétés minimisent cette expérience et les femmes se retrouvent donc « incomplètes », seules face à leurs souvenirs. Elles perdent confiance en leur corps, mais aussi dans le personnel aidant qui a pu faire de leur accouchement une expérience douloureuse manquant d’humanité. Considérer une femme qui a souffert de mettre au monde lui permettra de reprendre le contrôle de ses moyens pour être une meilleure mère, plus accomplie, mieux ancrée.

#5 Et l’anxiété pendant la grossesse, peux-tu faire quelque chose pour tenter de la calmer?

C’est mon objectif! C’est de cette manière que j’ai choisi de me lancer dans la voie de l’accompagnement périnatal et familial. Il y a 5 ans, lorsque j’étais enceinte, je n’ai pas trouvé les ressources pour m’aider à pallier à mes angoisses, mes questions et ma solitude. L’accompagnement que je propose est donc une vraie prise en charge positive et bienfaisante pour toute la famille et surtout l’enfant à venir. Une femme qui a la possibilité de déposer ses angoisses sera plus apte à créer un attachement solide dans les premières semaines de vie de son bébé. Mon travail est un complément parfait de ce que propose une accompagnante à la naissance, nous travaillons ensemble pour le bien-être de la famille qui se construit.

#6 La fameuse culpabilité des jeunes parents est-elle un phénomène très fréquent, selon toi?

On accouche et on se sent coupable, ça fait partie du lot de la parentalité. Je ne crois pas que la culpabilité soit réservée aux jeunes parents : les parents plus expérimentés finissent par l’apprivoiser, tolérer leurs erreurs, leur imperfection, s’aimer aussi au mieux dans leur nouvelle fonction et surtout mettre en place des stratégies pour que cette culpabilité ne soit plus invasive. Je dis toujours que la culpabilité est une boussole, car elle nous permet de nous remettre en question. Par contre, il faut savoir s’en servir avec parcimonie pour que l’aspect constructif l’emporte toujours, et c’est là que j’entre en jeu.

#7 Accueillir un bébé peut donner lieu à quelques crises au sein du couple… Que conseilles-tu à ces parents?

Je conseille de rester soi-même et d’oser dire à l’autre en toute humilité comment on se sent, sans essayer de gagner le conflit à tout prix. La communication est une clé indéniable, tout comme le respect et la tendresse. Même si l’intimité se modifie, il est possible de la redéfinir à notre image, avec le temps qui passe et ce que l’on devient. L’indulgence serait le Graal et c’est l’aventure de toute une vie d’y parvenir.

#8 Le baby-blues et sa cousine pas si éloignée, la dépression post-partum, tu en penses quoi?

C’est un vaste sujet. Ce que je peux dire, c’est que le baby-blues est physiologique et quasi immanquable et qu’il serait important de ne pas brusquer les femmes qui se découvrent après une naissance. Cela peut être violent, perturbant et douloureux. Le souci de la performance les empêche de prendre ce temps nécessaire. Après tout, il n’y a pas qu’un enfant qui nait, mais une mère chaque fois, et cela se fait rarement dans la douceur et la quiétude. Quelques semaines permettent généralement de pallier à cet état.

La dépression post-partum est, quant à elle, un sujet bien complexe encore très méconnu. Elle est malheureusement traitée trop rapidement, sans laisser la chance à la mère d’apprivoiser son nouveau rythme et sa nouvelle vie. Dans la prise en charge, elle a également besoin d’être entendue et comprise. Il serait impératif de former les professionnels de la santé, car c’est un véritable mal-être, profond et pénible pour les femmes qui le rencontrent. Devenir mère représente un changement majeur dans une vie.

#9 L’arrivée d’un deuxième enfant peut parfois être mal vécue pour l’aîné. Y a-t-il des méthodes à mettre en place pour que cet événement se passe pour le mieux?

Chaque famille est différente et rencontre ses propres défis. La difficulté peut se réveiller quelque mois plus tard, ou pas du tout. Ce qui compte, c’est de laisser les enfants se découvrir sans surintervenir, mais rester le référent de la justice et de l’écoute des besoins de chacun. Pour le parent qui est lui-même très souvent un frère ou une sœur, c’est tout un défi de ne pas transposer sa propre histoire sur celle des enfants qu’il guide, alors, autant que possible, il faut tenter de ne pas transférer ses propres maux afin de laisser nos enfants construire leur propre relation.

#10 L’éducation bienveillante, c’est quoi pour toi?

C’est une manière de considérer les autres comme j’aimerais toujours être regardée, entendue, guidée, aimée et respectée. Quand on parle d’éducation bienveillante, il ne s’agit jamais pour moi de théorie ou de courants, mais bien du ressenti, de l’humilité et de la toute conscience. Mes seuls guides sont mes émotions, mes sensations et mon intuition, C’est ce que j’essaie de transmettre aux familles que je rencontre. Nos enfants sont eux aussi de magnifiques guides si on les observe vraiment.

 Chloe Boehme

Pour communiquer avec Chloé
 Boehme
Site Web | Page Facebook
chloe.boehme@gmail.com | 514 402-4121
1336, rue Beaubien Est
Montréal (Québec) H2G 1K8

 

Crédit photo en Une : Lucie Bataille Photographie

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